J’écoutais ma musique tranquillement dans mon ipod. Ariane Moffatt chantait doucement « Éternel instant présent« . J’étais bien. Même l’autobus me plaisait. J’allais rejoindre mon ptit homme pour la fin de soirée, enfin nous allions dormir ensemble. Je trouvais la ville très belle (pour une fois). La neige tombait doucement en gros flocons. De belles peaux de lièvres comme on dit par chez nous. Un léger sourire de bien-être flottait sur mon visage.

Un homme début-quarantaine rentra dans l’autobus et vint s’asseoir à mes côtés, même si plusieurs places étaient libres ailleurs. Ce n’est pas grave! La vie est belle. Il me regarde. Je le regarde. Il est étrange. Par son regard je me dis qu’il est probablement autiste. Je n’ai aucun problème avec ça. Malgré la neige qui tombe dehors, il ne porte qu’une petite veste de printemps vert-aqua et une casquette rose fluo. Il me parle, mais Ariane prends le dessus, je n’entends pas. J’enlève un écouteur.

– Pardon!?
– Qu’est que tu écoutes?
– Ariane Moffatt
– Moi, j’aime Bryan Adams
– J’en ai aussi sur mon ipod
, dis-je en remettant mon écouteur avec un léger sourire.

Il continue à me regarder. Je vois son reflet dans la fenêtre. Il est penché vers moi. Je me sens écrasé entre lui et la fenêtre. Je me concentre sur Ariane Moffatt.

– Mets en
– Quoi?
– Mets Bryan Adams
– Non, j’écoute ma musique là

Je remets mon écouteur et je l’ignore. Je suis bien, J’ÉTAIS BIEN! Il me dit autre chose, je n’entends pas, je n’écoute pas. Il me dit qu’il n’est pas homosexuel. Je l’ignore.

– Je ne suis pas homosexuel. Je ne suis pas un homosexuel. JE NE SUIS PAS HOMOSEXUEL!!!; qu’il me crie.

Ok ça commence à être embarrassant… Les gens se tournent, me regardent, le dévisage. Un gars dans la mi-vingtaine attends juste en face de nous que la porte de l’autobus s’ouvre. Il nous regarde avec un sourire moqueur. Je suis mal à l’aise. J’ai juste le goût de lui dire que moi, je suis homosexuel… Peut-être que ça le calmerait un peu, mais non… ce n’est pas une bonne idée.

– JE NE SUIS PAS HOMOSEXUEL
– Mais j’ai jamais dit ça… Je veux seulement écouter ma musique tranquille S’IL TE PLAIT

Il a l’air tout piteux, tout triste. Je suis désolé, d’avoir été bête, mais là, il le fallait. Il se lève et se mets devant la porte pour sortir au prochain arrêt en me jetant des regards de mépris. DÉSOLÉ!!

Quel interminable instant présent!